Chuck Norris (Matt Hunter dans le film), ancien agent de la Compagnie (la CIA en d’autres termes), vit peinard depuis pas mal de temps en
coupant du bois, sorte de Charles Ingalls des Everglades, en compagnie de son pote l’indien et de son tatou. C’est alors que les services secrets veulent lui faire reprendre du service, car
Mikhail Rostov, un Sadique Agent Soviétique à la tête d’une terrible organisation criminelle internationale, serait actif sur le sol américain. Mais Chuck refuse, leur disant que,
"fallait pas m’interdire de le tuer la dernière fois. Maintenant c’est votre problème." Et de retourner s’occuper de son tatou.
Mais tout change quand Rostov, qui en a marre de faire chaque nuit le même cauchemar avec la gueule de Chuck en gros plan (on peut le comprendre
sur ce coup là) fait tout péter dans la baraque à Chuck et bute son pote, histoire de pouvoir faire régner la terreur dans ce putain de pays de capitalistes décadents de merde que sont les Etats
Unis - en pleines fêtes de Noël, y respectent vraiment plus rien ces fanatiques ! Pas de bol pour Roro, Chuck s’en sort sans une égratignure, et décide de reprendre du service pour buter du
Rouge.
Invasion U.S.A., l’un des fleurons des
films ultra-réacs des années Reagan, fut réalisé par
Joseph Zito et produit en 1985 par la firme Golan-Globus via Cannon Films (1). Il devait très vite atteindre le statut tant convoité de FILM CULTE, scindant son public en deux
factions distinctes et irréconciliables : ceux qui le regardent sérieusement en caressant leur berger allemand ou leur fusil de chasse, et ceux qui le regardent avec une boite de kleenex à
portée de main, afin de pouvoir convenablement étancher les torrents de larmes suscités par des vagues de fous rires incontrôlables (2).
Coco-boys contre Cowboy Solitaire.
S’il reprend la thématique de Red Dawn(3), selon laquelle un bon
russe est un russe mort, Invasion U.S.A. n’a ni le panache ni la ferveur Wagnérienne de son prédécesseur : nous n’avons pas
affaire ici à l’Armée Russe, mais à une bande de terroristes de différentes nationalités (menés par un Agent Russe), tous plus minables, dégénérés et sadiques les uns que les autres, qui ne
semblent avoir pour seules occupations que de sauter des putes et de faire exploser des magasins ou des pavillons en pleines fêtes de Noël et tout se résume au final à un affrontement entre
deux individus, Rostov et Chuck ; même si Rostov incarne sans équivoque l’U.R.S.S. en opposition à Chuck "U.S.A." Norris, le climax du film (un duel au bazooka) nous renvoie plus à
l’imagerie du western classique qu’à celle du film de guerre. Ici, le Héros triomphe, c’est un expert aguerri, un Vétéran ; dans Red
Dawn, les Héros se sacrifient, donnant leur vie pour l’Amérique au terme d’une longue (et, cela va de soi, douloureuse) quête initiatique. Enfin, on n’entendra pas une seule fois
le mot Communiste dans Invasion U.S.A., pas plus qu’on ne verra l’image de Lénine, deux facteurs omniprésents dans
Red Dawn, à côté duquel Invasion
U.S.A. est (d’une façon aussi relative qu’incroyable) finalement assez timide dans ses propos.
Autre différence radicale entre ces deux films, l’interprétation. De par les personnages qu’ils incarnent, les acteurs de
Red Dawn débordent d’émotion : peur, haine, amour, piété filiale, douleur, patriotisme exacerbé, amour du drapeau, du football
et des céréales dans un Drive-Inn, tout y passe ; de fait, ils passent la moitié de leur temps à chialer, et l’autre à flinguer du Coco. Avec Chuck, c’est une autre histoire.
Once more, with feelings.
Bien avant que Jean-Claude Van Damne ne définisse "l’Acting", Chuck Norris, lui, inventait un concept étonnant : le Non-Jeu.
Jamais un acteur ne fera preuve de plus d’impassibilité que Chuck dans le rôle de Matt Hunter, où il frôle la rigidité cadavérique. Même au cœur de l’action, qu’on lui bute son copain, qu’il
flingue ou balance des coups de latte, Chuck reste de Marbre. Il regarde dans le vide, ayant peut-être du mal à se rappeler les deux lignes de sa réplique – l’économie des dialogues d’Invasion
U.S.A. ferait passer John Wayne pour Woody Allen – ou pensant au spot publicitaire qu’il fera bientôt sur le câble pour vanter son appareil de muscu(4).
La version française n’arrange rien puisqu’elle est, comme souvent, exécrable. Elle omet en outre 90% des dialogues de fond, ce qui nous empêche
d’entendre des parents inquiets dire à leurs enfants de Bien Faire Leurs Prières tandis que les petites têtes blondes s’entassent dans un bus scolaire qui doit les emmener vers un lieu sûr,
ignorant qu’il sera la prochaine cible des terroristes. De plus, la traduction est pour le moins fantaisiste, le dialogue :
- What’s wrong with you ?!
- I’d better leave before you get mad.
devenant au final :
- Ca vous arrive souvent ?!
- A chaque fois que je m’énerve.
Ou encore, le leitmotiv de Chuck :
It’s time to die. traduit par : C’est fini pour
toi.
MAIS, regarder Invasion USA en V.O., ce serait manquer deux
répliques désormais légendaires, qui sont presque le seul intérêt du film :
"Si tu te pointes encore, tu peux être sûr que tu repars avec la bite dans un tuperwear." (En V.O., plus élégant :
If you come back, I’ll hit you with so many rights, you’ll beg for a left.)
et :
"Toi tu commences à me baver sur les rouleaux." (En V.O., moins grossier et plus ironique : You’re beginning to irritate me.)
Les FANS HARDCORE regarderont donc le film en VF avec les sous-titres en V.O.
Die Hard 0.0
Terroristes européens semant la panique aux Etats-Unis.
La Démocratie en danger.
Un homme seul, déterminé à se battre jusqu’au bout…
A y regarder de plus près, le Matt Hunter d’Invasion U.S.A. préfigure sans aucun doute l’avènement
d’un autre justicier sans peur, seul rempart entre la Nation et le Chaos, et qui devait faire son apparition 3 ans plus tard sur les écrans dans ce qui allait se révéler être l’un des grands
bouleversements dans le genre du film d’action : le John Mc Clane de Die Hard, à l’époque fort à propos traduit par Piège de Cristal. Bien que dépouillé de
la propagande de bazar du film de Zito, doté d’un budget beaucoup plus grand, d’un bon réalisateur et d’un acteur ayant le sens du jeu, de la répartie et du comique, Die Hard
n’en est pas moins un héritier direct de Invasion U.S.A. Ici encore, nous somme dans la rhétorique du Western, dont John McClane enfonce le clou avec son fameux "
Yippee ki yay, mother fucker", tout en se faisant appeler tout au long du film Roy, en
hommage à Roy Rogers, l’un des plus célèbre cowboys d’Hollywood. Et ce n’est pas le quatrième opus de la série, sorti il y a une semaine sur nos écrans, qui
démentira ce postulat. Avec Die Hard 4.0, nous sommes de nouveau (et presque 20 ans plus tard !!) dans la logique d’une bande de hors-la-loi semant la terreur, face à
laquelle un homme seul (ou presque) se dresse.
Chuck Norris. Bruce Willis. Chuck Willis. Bruce Norris. Plus les choses changent, et plus elles restent les mêmes.
C’en est presque effrayant. Alphonse Karr avait raison.
It’s time to die.
Réalisation nulle, jeu inexistant, personnages caricaturaux, scénario débile, cascades au rabais, bastons à trois balles, final
ridicule et dialogues pourris… Pourquoi, mais POURQUOI, quand on y pense, voudrait-on regarder un film comme Invasion U.S.A. ? C’est ce qui fait la magie du Z. Tous ces défauts, en
s’additionnant, se mélangeant, deviennent autre chose, un truc, un machin, un concept, un OVNI(5) en somme. Quelque chose qu’il est difficile de décrire pleinement, et qu’il faut,
au final, voir pour le croire. I want to believe, a dit en son temps un autre amateur d’OVNIs.
I believe.
Oswald Carcano
(1) Golan-Globus qui, de 1979 à 1989 produisit nombre de films dotés d’un
budget réduit, mais qui devaient rester dans la légende ; nous ne citerons ici que Cobra, Delta Force, Porté disparu ou American Ninja. (pour plus de détails on consultera cette
source : http://en.wikipedia.org/wiki/Golan-globus
)
(2) Cet état de rire frénétique, s’il peut effrayer le profane, est bien
connu des Amateurs de Z comme "Effet Nexus", d’après l’inoubliable et inégalable Star Trek 7.
(3)produit un an auparavant par Valkyrie Films et réalisé par John
Milius.
(4) Regal Shop sur RTL9, en boucle depuis 10 ans, à ne rater sous aucun
prétexte ; permet aussi de voir le spot publicitaire d’Erik Estrada (Poncherello !) pour des pilules amaigrissantes.
(5) Objet Visible Non Identifié.